La TransAtlantique en pédalo

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« C’est impressionnant ce que vous faites, j’en serai incapable ». Telle était généralement la réaction de gens lorsqu’ils prenaient connaissance du projet. Je leur répondais souvent : « Si votre enfant tombait malade, si vous l’aimiez autant que j’aime l’Humanité, et que l’unique moyen de le sauver était de traverser l’Atlantique en pédalo, vous le feriez. Ce n’est pas une question de capable ou pas capable, mais une question de motivation». En effet, cela prend beaucoup de temps, exige de nombreux sacrifices, ça peut faire mal, faire peur, mais il n’y a aucun obstacle qui ne soit infranchissable et n’importe qui en serait capable, il ne s’agit que de pédaler. Après, beaucoup de gens ont surement mieux à faire, j’en suis conscient. Ce qui m’a motivé à le faire, c’est la certitude que ça pouvait réduire le gaspillage alimentaire, que les DLUO allaient disparaitre, qu’on ne jetterait plus des produits frais qui demandent tant de ressources. J’étais persuadé (je rêvais peut-être), qu’à moyen terme la faim dans le monde allait disparaitre. Utopique ? Que voulez-vous ? Même si c’était interdit de rêver, je le ferai quand même.

Je n’ai pas et n’aurais sans doute jamais le temps de tout raconter… tous les obstacles avant de pouvoir récupérer le pédalo, l’organisation logistique, les problèmes de trésoreries, les exigences administratives, etc. Tant de choses se sont passées depuis le mois de février, où je terminais la première étape. Il y aurait presque de quoi écrire un livre, mais prendre la plume pour ce projet ne nous rapprocherait pas du but, et tout le temps consacré à écrire est du temps en moins pour l’organisation et pour la réalisation des travaux concrets.

 

En résumé, depuis l’arrivée à Gibraltar

 

Après être rentré en France, il a fallu trouver une remorque pour transporter le pédalo, et je dois beaucoup à Michel pour ses démarches afin d’en trouver une qui convienne. Il a fallu plusieurs semaines de préparation pour ce nouveau départ, et faire plusieurs aller-retours entre Paris, Tours, Orléans et Caen. Puis nous sommes partis à 4 en direction d’Agadir, avec Michel Chauvin, qui fait partie de l’équipe (voir l’équipe), mais aussi avec son cousin Jean-Paul et son beau-frère Gégé (Gérard).

Je ne décrirai pas en détail les difficultés à la douane Marocaine. Expliquer tous les problèmes et négociations pourrait donner une image biaisée du Maroc. L’accueil réservé par les Marocains, dépourvus de responsabilités administratives, est bien plus agréable.

Disons simplement que les douaniers ne voulaient pas laisser passer le pédalo, car il ne rentrait pas dans les cases. Après 4h de négociations, refusant de continuer notre route sans le pédalo comme les douaniers nous le demandaient, le plus haut gradé est arrivé et la situation a pu se débloquer. Je lui ai expliqué le projet et, avant que je puisse terminer, il m’interrompit d’un geste de la main avec un léger sourire qui voulais dire j’en ai assez entendu. Il parla à son tour : « écoutez, si vous avez plus de 100 kg de nourriture avec vous, vous devez la déclarer, si elle est périmée, je dois vous la confisquer. Mais comme c’est pour un projet humanitaire, je vais vous laisser rentrer, j’aurai juste besoin de ces quelques documents par mails ». En effet, une fois les documents fournis, les douaniers, pourtant si sévères avant l’intervention du responsable, devinrent de véritables nounours moustachus s’inquiétant plus pour la vie à bord que pour remplir les formalités administratives.

Malheureusement, la douane n’était que l’amuse-bouche des soucis liés au départ…la mise à l’eau sera le plat de résistance, que j’allais déguster pendant 5 jours d’ailleurs. Un autre Michel, originaire d’Agadir, nous a beaucoup aidés pour les contacts sur place. Il aura fallu trouver une grue, en allant voir les forains et les concessionnaires, pour remplacer celle qui était en panne à la marina. Une fois la grue trouvée et louée, devant la marina, nous avons appris qu’il fallait une autorisation spéciale pour mettre le pédalo dans l’eau. Celle-ci devait être obtenue aux affaires maritimes. Nous y sommes allés, avec Jean-Gabriel, pour être pris une fois de plus pour des fous, « vous savez qu’un homme seul, au large, a des hallucinations ? Vous allez entendre des voix, des bruits !!! Avez-vous fait des tests ?! Êtes-vous en capacité physique ? Êtes-vous surtout en capacité psychique de partir ?! » s’exclamait le directeur, demandant à nouveau une quantité de documents souvent inventés au cours de l’entretien.

Vous voyez comme c’est très long à raconter ? Et je ne suis encore pas parti ! Je dois passer sur de nombreux évènements, de journées entières, le travail administratif, la préparation matérielle, les interviews, etc. Toujours est-il qu’après 3 semaines de galères, je pars sur l’Atlantique quand le matériel est presque prêt. Seule l’antenne pour être connecté à internet ne marchait pas, et les réserves d’eau étaient toujours moisies (le pédalo, récupéré début Mars alors que je le demandais fin février, n’avait pas été remis complètement en état au chantier naval) ce qui m’empêchait de stocker de l’eau dans le bateau. J’ai été remorqué par un Danois, Klaus, sur son Cata MANITOU accompagné de sa copine, et de Charles un navigateur solitaire de 82 ans, ayant laissé son navire aux Canaries pour voyager un peu avec Klaus.

 

Premier essai

 

Le remorquage s’est très bien passé, jusqu’à ce que commencent les problèmes, c’est toujours comme ça. La corde de la voile avant du MANITOU s’étant prise dans le moteur, nous avons dû séparer les bateaux en urgence, à un moment où bien entendu on ne s’y attendait pas. Initialement, je devais rejoindre les iles Canaries, mais je n’ai jamais pu me sortir du golf dans lequel se trouve Agadir. Après 4 jours de galère, réalisant l’impossibilité de relier les Canaries, je souhaitais me ré-arrêter au Maroc, plus au sud. Les tests avaient assez durés et, malgré les difficultés rencontrées, je jugeais que le pédalo était apte à faire la traversée. Il me fallait donc vite retourner sur Terre afin de boucler les préparatifs et repartir au plus vite. J’étais pressé, car de l’autre côté de l’Atlantique, à partir du mois de Juin, commence la saison des cyclones et tempêtes tropicales.

J’ai bien failli ne jamais retourner dans un port avec le pédalo, Les vents me poussaient un coup vers l’ouest, puis un coup vers l’est, sans jamais me permettre d’accoster. Cela a prolongé le voyage de dix jours, si l’on peut appeler tourner en rond un voyage. Pendant tout ce temps j’utilisais les stocks de nourriture périmée pourtant destinée à la traversée. Pendant plusieurs jours j’ai cherché à obtenir l’aide de bateaux de pêcheurs qui ne comprenaient manifestement pas mes difficultés. J’envoyais des signaux SOS avec la lampe de nuit, je faisais des grands signes le jour, des appels à la radio pour que l’on m’aide à rejoindre un port. Et puis le vent a tourné! Venant du nord, il me projetait sur la côte Marocaine. Je n’avais donc plus besoin d’aide pour rejoindre un port, mais pour éviter de m’échouer sur les falaises. On aurait pu éviter cette situation,  si j’avais été au courant de la météo. Léa, la routeuse, m’envoyait des messages (ce devait être gratuit via internet) mais le téléphone satellite ne les recevait pas, ou avec un décalage de 5 jours. Le temps de réaliser le problème, c’était trop tard.

On a beau pédaler, mais, lorsque le vent est trop fort, on peut tout faire pour avancer dans une direction, le pédalo dérivera à l’opposé. C’est ce qui s’est passé les 2 derniers jours. Sans jamais m’arrêter de pédaler, le pédalo s’approchait très dangereusement des côtes. Après une nuit blanche à tenter de m’en éloigner, j’ai revécu les 3 dernières années de ma vie, les heures en stop pour rencontrer les partenaires, les milliers de mails et lettres envoyées pour trouver des sponsors, la collecte de toute la nourriture, l’organisation, l’achat du matériel, et tout ce à quoi j’avais dû renoncer dans l’espoir que ce projet réussisse. Je réalisais que tout allait s’arrêter, en une fraction de seconde, sur les falaises. La nuit aura été une des plus longues de ma vie. J’essayais de me rassurer, en me disant que l’impact n’avait pas eu lieu et que j’avais encore une chance de l’éviter. Mais, plus le temps passait, plus les chances rétrécissaient. Ma déception était telle, que je me demandais parfois si j’aurais la force de vouloir sauver ma vie. Aurais-je la force d’assumer un échec aussi grand, auprès des sponsors qui ont cru en ce projet, auprès des proches qui m’ont aidés, et ceux qui ont cherché à me dissuader de partir, etc. On a parfois besoin de plus de courage pour assumer un échec que pour atteindre le but. Et la nuit passa. Au petit matin, j’avais plusieurs membres de l’équipe au téléphone. Ils tentaient de trouver comment prévenir les garde-côtes, ou n’importe qui, afin de venir tirer le bateau avec un moteur (dont je ne disposais pas). Alice, Daniel, Clémence, Léa, et des membres de leurs familles contactaient tous leurs réseaux pour trouver une solution. De mon côté, j’employais un dernier recours pour tenter d’être aidé par les pécheurs, utilisant une fusée de détresse alors que 3 bateaux se trouvaient à moins de 2 km de ma position. Mais cette ultime tentative, comme toutes les autres, ne sembla pas être comprise par les équipages, car les navires continuaient leur route vers l’est. Pour leur défense, je dois dire que la fusée en question est strictement interdite au Maroc. Alors les pécheurs ignoraient peut-être ce que c’était… Réalisant qu’on ne pouvait en acheter, et le pédalo n’en étant pas équipé, c’est Klaus qui m’en avait passé une à Agadir.

Après une petite heure encore à pédaler pour retarder l’impact, j’aperçois un bateau de pêche venant directement sur moi. Cette fois, l’équipage me demande si j’ai besoin d’aide. Je leur lance une corde, et le remorquage commence. Je suis sauvé ! Je ne saurai jamais ce qui s’est passé pour que ce bateau vienne. Ont-ils vu la fusée au loin, ou ont-ils été prévenu par radio grâce aux appels passés depuis la France par les 4 amis dont j’ai parlé précédemment ? Je n’aurai jamais la réponse, car au cours du remorquage, les garde-côtes viendront à notre rencontre et obligeront les pêcheurs à me lâcher pour prendre le relais. Viendra ensuite un bateau de sauvetage en mer, puis 2 autres frégates militaires, dont une de plus de cent mètres avec de nombreux canons. Évacué du pédalo, soi-disant pour ma sécurité, le zodiac d’une des frégates est mis à l’eau et 4 militaires abordent l’embarcation de laquelle on m’a sorti afin d’en fouiller la cargaison (le bateau continuait d’être remorqué pendant tout ce temps). Une fois cette tâche accomplie, et le drone confisqué, un interrogatoire quelque peu original commença. Le capitaine de la frégate posait des questions via la VHF (les radios sur mer) aux soldats sur le zodiac, qui me les traduisaient. Après m’avoir demandé ce que je faisais sur les eaux marocaines, ils m’ont demandé le modèle du bateau, le moteur, etc. Je pensais qu’ils auraient été au courant ou qu’ils auraient remarqué pendant l’opération, mais comme ce n’était pas le cas, j’ai dû leur apprendre que mon moteur n’était pas tombé en panne…car il n’y en avait pas. Je devais pédaler comme sur un vélo pour le faire avancer. Je remarque la confusion à bord du zodiac. Celui qui renvoyait les réponses à la VHF se retourna vers la frégate, et donna les explications au commandant qui devait toujours observer la scène avec des jumelles. Comme si l’explication ne suffisait pas, le militaire mima le geste de pédaler avec les mains. Dans ma tête je répondais : « Et oui, vous venez de détourner 2 frégates de guerre pour venir contrôler un petit pédalo rempli d’aliments périmés ». Je passerai encore toute la journée entre les postes de gendarmeries et de douane jusqu’à m’endormir dans leur bureau.

 

Tan Tan port de pèche 

 

Je ne m’attarderai pas sur les jours passés au port de pêche de Tan Tan. Mais pour arriver le plus tôt possible en Amérique, j’ai décidé de tout préparer d’ici, de faire au mieux, et de partir pour la traversée de l’Atlantique depuis ce port, en annulant l’escale aux Canaries, où j’aurai dû trouver tout le matériel qui faisait défaut sur le pédalo. Disons qu’en plus des nouvelles démarches administratives, entre la douane, la police, la gendarmerie royale, et la Capitainerie, j’avais énormément de travail à faire. Je me dois tout de même de préciser que, malgré les nombreuses requêtes des diverses administrations, les fonctionnaires de Tan Tan ont témoigné une extrême bienveillance à mon égard pour la traversée que j’allais entreprendre.  Si eux aussi étaient très inquiets au début, voyant que je n’allais pas abandonner, ils ont souhaité m’aider et faciliter autant que possible mon départ. On a beaucoup parlé de la raison de partir, et comme les Marocains sont très pieux, j’ai pu leur assurer que j’allais survivre, inch’Allah. Si je mourais au milieu de l’océan, c’était la volonté d’Allah. Il pouvait aussi me faire mourir dans un accident de car si, me laissant envahir par la peur, je décidais de faire demi-tour. Alors soumis à la volonté d’Allah, autant écouter mes envies, et tenter de réaliser ce projet qui m’habite, qui sais, par sa volonté peut-être ..?

Il est certainement judicieux d’introduire ici, un personnage des plus important pour la traversée, surtout pour la fin de celle-ci comme vous l’apprendrez rapidement. Il s’agit de Robert, un journaliste qui m’a rejoint pour documenter le projet. Au Maroc, officiellement, c’est un ami qui est venu m’aider à me préparer, ce qu’il fera également. En plus de ses conseils, il est la dernière personne « occidentale » que je verrais avant la traversée. On s’est très bien entendus, très rapidement, pour ne pas dire immédiatement. C’était agréable de pouvoir se confier avant le départ. Il était comme une sauvegarde de mes pensées, de qui j’étais, le cas où je ne reviendrais pas. Et j’avais l’impression, avec lui, d’être compris et de ne pas partir pour rien.

Tan Tan 20 jours après le 1er départ / Le jour de l’arrivé à Point à Pitre

Le départ pour l’Amérique

 

Le départ a eu lieu le 6 mai en fin de matinée. Devant un représentant de la police, de la douane, de la gendarmerie, et de la capitainerie, je quitte le port de Tan Tan. Des pécheurs, trouvés à l’extérieur du port, étaient censés m’avancer et me lâcher loin des côtes. Ils m’abandonneront finalement en détachant la corde moitié moins loin que ce qui était convenu. Il leur a suffi de détacher la corde au milieu de la nuit. J’avais beau crier que ce n’était pas là, les deux bateaux étaient à plus de 20 mètres l’un de l’autre, je ne pouvais rien faire. L’idée était d’éviter le même scénario qu’à l’arrivée. Le vent soufflait dans la bonne direction pendant moins de 48h et tournait vers les côtes ensuite. Alors, j’ai pédalé autant que je pouvais pendant les premières 24h. J’ai pu ensuite passez le cap à l’ouest du Maroc sans heurter les côtes, un miracle !

Expliquer toute l’évolution de la traversée prendrait des dizaines, voire des centaines de pages. Je n’expliquerai pas les difficultés à naviguer avec un pédalo, ou celles à éviter les côtes. Il y a aussi les porte-conteneurs, ces titans d’acier qui m’ont privé de sommeil pendant plusieurs nuits d’affilées. Je n’ai pas le temps, sans jeux de mots, de parler de la météo ! La pluie battante et la fureur des vents, les vagues qui secouaient et parfois couchaient le pédalo sur le côté. J’ai eu des difficultés à m’hydrater les premiers jours. Je buvais de l’eau et j’urinais du cola, le temps de m’habituer à l’eau de mer dessalée, et de réaliser que les cuves pour la réserve étaient toujours moisies. J’ai eu des difficultés à cuisiner ; les aliments bouillant encore dans l’eau qui, secoués par une vague, venaient se renverser sur mes pieds, déjà brulés par le soleil. Il y a les appareils qui tombent en panne, ou le manque de batterie lorsque plusieurs journées avares en lumière se succédaient, et ne suffisaient pas pour la recharge.  Les douleurs dues à l’effort prolongé, et la peine à trouver une position convenable pour pédaler 10 heures par jour. Le soleil ne s’arrêtait pas de bruler ma peau, et remplissait d’une chaleur assommante l’habitacle du pédalo dont l’unique ouverture ne permettait pas d’aération satisfaisante. L’humidité qui engendre la moisissure a rendu inutilisable une partie du matériel, des vêtements, et de la nourriture. Après quelques semaines, lorsqu’il n’y avait plus de dangers majeurs, ou que j’avais l’impression de mieux les maitriser, je sentais la mort s’éloigner. Elle laissait la place à un duo non moins désagréable, la solitude et la folie. La première tentant parfois de me pousser dans les bras de la seconde. Des jours de solitudes, des semaines à s’ennuyer, sans savoir comment stimuler mon cerveau, ayant un paysage identique chaque jour, celui de l’immensité infinie de la mer.

Et puis, le projet n’a pas pour but de raconter des aventures en mer, mais de réduire le gaspillage alimentaire. De plus, une des trois premières questions que l’on me posait, ce qui semblait préoccuper le plus les gens, était la manière de procéder chaque fois que la nature m’obligeait à évacuer les aliments périmés.

 

Faire ses besoins dans l’Atlantique 

 

C’est pourtant très simple ! La plus part du temps je répondais que je faisais comme sur terre : dans l’eau ! Sauf que cette dernière n’était pas potable. Ce qui suffisait rarement comme explication. Alors voici une explication complète, vers laquelle j’orienterai les curieux à venir. Cela m’évitera de m’étendre sur la chose encore et encore. Et si les personnes sont suffisamment curieuses au point de lire l’explication, j’espère qu’elles ne manqueront pas de signer la pétition au passage. Alors voici, je sortais sur le pont, à côté du siège de pilotage, là où toute l’action allait se dérouler. Comme je ne vivais pas nu sur mon bateau, je devais bien, comme sur terre, dévêtir ma lune afin de ne pas obstruer le passage ! Soit par instinct, on devient vulnérable, soit peut être dans l’espoir d’apercevoir de la compagnie, je regardais toujours partout autour du bateau afin d’être sûr que je ne serai pas interrompu dans l’exercice qui allait suivre. Je mettais ensuite mon postérieur par-dessus le côté droit du bateau tout en me tenant au poteau ou au siège pour éviter de tomber en arrière. Et puis, comme sur terre, l’opération pouvait commencer ! Je me détendais quelques secondes à la suite desquelles, le bateau comme moi-même, nous retrouvions allégés d’un fardeau qui prenait un nouveau chemin sans retour sur l’océan.

À moins qu’une vague ne vienne m’en épargner, ce qui arriva plusieurs fois, je prenais le tiers d’une feuille d’essuie-tout (puisque ça essuie tout), et faisais ce que l’on fait sur terre dans de telles circonstances : je m’essuyais. Sans doute grâce à mon alimentation, la répétition de cette dernière étape était inutile, car je venais de faire un « perfect », c’est-à-dire pas une trace. Je remontais alors mon short et était tranquille pendant 1 jour ou 2 avant que la digestion des aliments périmés ne m’oblige à me reconduire de la sorte.

 

Les merveilles du voyage

 

Cela intéresse beaucoup moins les gens, sans doute parce que la beauté est moins utile, mais la traversée m’a également apporté une part non négligeable d’expériences merveilleuses. Elle m’a permis de vivre des moments et d’approcher des animaux comme je n’aurai jamais pu le faire autrement. Nombreux sont les animaux qui se sont approchés par eux-mêmes du bateau, les dauphins, les tortues…une baleine est même passée sous la coque à quelques dizaines de centimètres seulement de mes pieds. Dû à la lenteur du pédalo, un écosystème c’est recréé pendant la traversée. Les algues et les coquillages servaient de nourriture à de petits poissons, eux-mêmes mangés par les plus gros. Le plus merveilleux, et de loin, ce qui m’a sans doute le plus bouleversé au cours de la traversée, ce sont les millions d’étoiles que l’on peut observer lors des nuits sans lune. La voie lactée et ses trainées de poussières scintillantes qui parcourent le ciel d’un bout à l’autre de l’horizon marin. On se sent minuscule et immense à la fois, parce que, absorbé par les étoiles, on réalise sa place dans tout l’univers, connecté à chaque étoile, dans cette unité infinie. Étrangement, je me sentais moins seul lorsque je contemplais ce ciel animé par cette vie lumineuse. Je pédalais de plus en plus la nuit, en fixant les étoiles, écoutant souvent de la belle musique (Mozart, Schubert, Chopin, etc.). Peu importe ce qui se passait la journée, peu importe à quel point je me sentais seul, ces instants passés avec les étoiles ne pouvaient pas être moins que magiques.

Cette deuxième étape en pédalo sera la plus longue. 91 jours en mer sans toucher terre, sans voir la moindre personne. Durant toute cette période, comme la première d’ailleurs, je n’ai mangé que les aliments à bord, périmés ou récupérés dans les poubelles puis lyophilisés. Manger la même chose tous les jours deviendra de plus en plus pénible, pour ne pas dire insupportable. Après 1 mois et demi, je n’avais déjà plus de gâteaux ou friandises sucrées pour grignoter et donner de l’énergie rapidement. Le dernier mois, je mangeais entre 4 et 8 fois par jour. Ne supportant plus d’avoir faim et de ne pas pouvoir manger ce que je souhaitais, je remplissais constamment mon estomac de semoule, riz blanc, riz complet, et/ou lentilles vertes. Le plus important dans cette histoire, c’est que cette alimentation ne m’a jamais rendu malade. La santé m’a accompagné durant tout le voyage. Et je suis encore en bonne santé aujourd’hui, ce qui sera confirmé l’avis compétant d’un médecin en Guadeloupe.

L’arrivée 

 

Après 3 mois, seul en mer, ressenti 15 ans, le voyage pouvait se terminer. Une suite d’évènements, dont je vous épargnerai les détails, précéda l’approche des côtes de la Guadeloupe, vers lesquelles j’arrivais à grande vitesse. En effet, la météo, terrible pour le confort à bord les trois dernières semaines, avait l’avantage de propulser le pédalo vers l’ouest. Le 3 aout, vers 11h, les côtes de la Guadeloupe se dessinent à l’horizon. Je continue de pédaler, pris d’une euphorie grandissante à l’idée de terminer bientôt ce voyage sans fin. On devait se rejoindre en mer avec Robert, le journaliste. Il devait filmer l’arrivée depuis un bateau, et si besoin, me tracter. Mais, arrivé plus tard que prévu pour ne pas filmer de nuit, nous repoussons la rencontre au lendemain. C’est en raccrochant que je réalise la gravité de ma position, sur le bout de carte de la Guadeloupe dont je dispose (la destination initiale étant la Martinique). Les courants m’aspirent sur la première ile de l’archipel, et je crains de ne pas pouvoir tenir le coup toute la nuit. J’ai déjà passé pratiquement deux nuits blanches à pédaler, pour avancer, pour éviter les cargos, ou tout simplement parce que la mer ne me laissait pas le luxe de dormir.

François, un professionnel des bateaux, ayant traversé l’Atlantique à la rame 10 ans plus tôt, devait être le pilote du bateau sur lequel Robert m’aurait retrouvé. Il passe plusieurs heures à trouver un ami sur une ile, proche de ma position, avec un bateau, qui pourrait venir me remorquer. Mais la mer est très agitée, et une telle opération s’avère bien trop périlleuse. Les sauveteurs en mer m’ont bien proposé de m’hélitreuiller, mais cela impliquait l’abandon du bateau, avec tous les travaux, tout le matériel, toutes les vidéos prouvant la réussite du projet, ce qui était complètement impensable. Je n’avais pas passé 3 ans à préparer ce projet, et 3 mois en mer, pour laisser le bateau à la dérive s’échouer sur les côtes. Finalement, vers minuit, le pédalo n’est plus autant en danger, les courants ont changé et je continue doucement ma route vers Pointe-à-pitre. Mais, par sécurité, ou pour d’autres raisons, François et Robert, m’annoncent qu’ils viennent me chercher. Je suis maintenant assez près d’un port et l’opération « sauvetage » est moins risquée. En plein milieu d’une onde tropicale (à mi-chemin entre une tempête et un ouragan), ils partent sur un zodiac me rejoindre. En les attendant, je reste sur le poste de pilotage, sous la pluie et les éclairs, pour faire des appels avec ma lampe. Le bateau, en théorie, ne peut pas être frappé par la foudre. Mais, chaque fois que le ciel s’illumine de coups de tonnerre, sur le siège en fer, je ressens comme des électrodes dans mon dos. Au même moment, dans cette nuit profonde, le Zodiac se rapproche du pédalo et traverse ces nuages dignes du déluge. J’apprendrai plus tard qu’ils ont hésité à faire demi-tour, et encore plus tard que l’agitation du bateau fit dégobiller Robert. Je finis par apercevoir le Zodiac, et découvre avec étonnement une troisième personne à bord, une jeune femme qui semble frigorifiée, inconfortablement installée à l’arrière. Nous attachons le pédalo au Zodiac à l’aide d’une corde, puis nous nous dirigeons à grande vitesse (d’un point de vue du pédalo) vers la marina de St François. À quelques dizaines de mètres avant l’entrée, une des bouées censées guider les marins est en panne. La pluie diluvienne et l’obscurité atténuant la visibilité, le Zodiac heurte le fond, et François doit sauter à l’eau pour le décoincer. Par chance, le pédalo n’a rien.

5 jours après le départ – 105 jours après le départ

À ce moment, une dernière décharge, beaucoup plus forte et intense me frappe à la nuque, et me parcours tout le corps. Mais, contrairement aux précédentes, l’énergie qu’elle diffuse est agréable. Cette sensation, je la dois à la main que Robert vient de poser sur le derrière de ma tête, en me disant : « Salut Baptiste ».  Mon corps, déconnecté et privé de contact humain pendant si longtemps, avait surement oublié cette sensation. J’avais bien été en contact avec des objets, parfois même sans m’y attendre lorsque je me cognais ou tombais, j’avais même été en touché par des poissons, mais tout ça n’était rien comparé à la volonté d’un être humain, qui choisit consciemment de nouer un contact physique avec ma personne. Je comprends à partir de ce moment que tout est fini. Je ne risque plus rien. Je vais recommencer à vivre sans me préoccuper quotidiennement de ma survie. Cet instant m’a sans doute beaucoup plus marqué que mon retour sur la terre ferme, qui arrivera quelques minutes plus tard. En effet, dans la marina, en posant le pied sur le ponton, je suis incapable de tenir debout. J’ai l’impression d’être poussé par un groupe de personnes invisibles, qui s’amusent à me balancer dans tous les sens, à la plus grande joie des trois personnes bien visibles, que sont Robert, François et Sarah. Cette dernière personne, que je n’ai pas encore introduite, était donc là sur le Zodiac. Sarah fait le tour du monde sans argent, et voyage en stop. Après que je me sois collé contre un mur pour ne pas tomber, elle vient également m’accueillir, me prend dans ses bras, et me souhaite la bienvenue sur Terre, puis François fera de même. Je crois que depuis cet instant, je reste lié d’une manière inexplicable à ces trois personnes. Soit parce qu’elles sont venues me chercher malgré les risques, soit parce que ce sont les premiers humains que j’ai vu après avoir été coupé si longtemps.

avec François

Le lendemain, je me réveille, encore trempé, dans le pédalo. Pour la première fois depuis si longtemps, lorsque je sors ma tête, l’eau est calme, je suis entouré de bâtiments, complètement stables. Alors commence une nouvelle phase à laquelle je n’avais jamais pensé, à laquelle je ne m’étais pas préparé : le retour au monde civilisé. Depuis ce premier jour, je ne me sens plus vraiment sur Terre, soit parce qu’elle a changé, soit parce que j’ai changé. Je ne me repère plus, je me sens ailleurs, égaré ou étranger. Au début, j’étais tellement perdu que je parlais d’inconnus à d’autres personnes comme si c’était évident qu’ils se connaissaient. Par exemple, des touristes venaient me voir au pédalo, me posaient quelques questions, et je leur parlais de François comme s’ils voyaient qui c’était. À midi, je n’avais pas encore vu plus de 30 personnes, et j’avais l’impression d’être sur un monde où il n’y avait que 30 personnes. J’ai vite décidé de rester près du pédalo, ma planète, mon seul repère stable, le seul en qui j’avais confiance quand Robert, François et Sarah étaient absents. Pour rejoindre la destination finale, et sans doute pour m’éviter la brutalité de cette arrivée, je décide de repartir. Aidé par François je repars en pédalo vers Pointe-à-Pitre, d’où j’accepterais la fin de cette deuxième étape. Le voyage aura duré 4 mois, depuis mon départ début mai d’Agadir.

J’ai dormi à nouveau dans le pédalo, jusqu’à ce que celui-ci soit retiré de l’eau. François a pris en charge l’organisation logistique et a transporté le pédalo sur son chantier. Je redécouvre la vitesse en voiture, les conversations de groupes, les tourbillons d’odeurs en grande surface qui me donneront plus mal au cœur que je ne l’ai jamais eu en mer, etc. J’ai la sensation de vivre énormément de choses pour la première fois. Mon corps n’est plus habitué, ou mon cerveau avait renfermé ces informations, ces émotions que l’on éprouve en faisant des choses qui semblent si simples et banales.

Carrefour Destreland, Guadeloupe

Les premiers jours je me sens perdu. J’arrive à vivre normalement, et plutôt bien même, mais lorsque j’ai envie de faire le point sur ma situation, c’est toujours très confus. C’est un peu comme si tout ce que je connaissais d’avant était une histoire, les gens que j’ai connus des personnages d’un livre, ou d’un film. Sauf que cette fois, je dois me convaincre que tout est bien réel.

Et puis le projet m’a vite remis la tête dans le guidon, me dispensant de réaliser à quel point j’avais changé. Il a fallu que je m’organise sur l’ile, pour nettoyer le pédalo, trier le matériel entre celui qui resterait et celui que j’emmènerai pour la suite du voyage. J’ai eu (et ais toujours) d’innombrables messages d’encouragement ou de reproche (car certains ne comprennent pas que Carrefour soit sponsor ou car je ne donne pas assez de nouvelles sur ma vie, sur le voyage ou ceci cela, etc.) et de nombreux coups de téléphones, principalement de journalistes pour faire des interviews. J’étais content de lire le rapport sur la lyophilisation que Charlotte avait fait pendant la traversée, et d’avoir les membres de l’équipe au téléphone pour partager cette bonne nouvelle avec eux. Si on a du mal à obtenir du soutien sur la pétition, les recherches sur la lyophilisation sont très satisfaisantes. Quelques jours après l’arrivée, j’ai aussi rencontré les dirigeants de Carrefours aux Antilles. Nous avons organisé une opération pour sensibiliser les consommateurs, en présentant le pédalo dans la galerie marchande, tout en laissant la possibilité de signer la pétition sur des tablettes.

Et pour la suite

 

Après avoir dit au revoir à François, il était temps de quitter la Guadeloupe, et d’y laisser le pédalo. J’ai souvent dû justifier mon attachement au pédalo auprès des journalistes ou d’autres personnes. En plus de m’avoir gardé en vie pendant la traversée, il représente toute cette partie de ma vie que j’ai passée, à préparer ce projet. En comparaison à aujourd’hui, l’époque sur le pédalo me semble plus dangereuse, mais plus simple. Et non, ce n’est pas un objet pour moi. Il est vivant, il a fabriqué l’eau qui m’a permis de m’hydrater et l’énergie qui m’a permis d’utiliser les appareils à bord. Il était pour moi ce que la planète est à l’humanité. Considère-t-on la Terre comme un objet ? Il y avait tout un écosystème sous sa coque, des algues, des coquillages, des poissons. Je lui dois d’être en vie, donc oui, je me suis attaché au pédalo, je le considère encore comme le repère le plus fiable dont je dispose aujourd’hui. Si cela semble fou auprès des journalistes et de leurs lecteurs, je sais que j’ai raison de ne pas le considérer comme un simple objet. Et si ce n’est pas normal, tant pis, on peut parfois avoir tort d’avoir raison.

Depuis le départ de la Guadeloupe, je voyage avec Sarah. Nous sommes partis en avion-stop, et cherchons un moyen de rejoindre le continent américain, en bateau-stop maintenant. Mais étant dans la période cyclonique, les bateaux se déplaçant sont extrêmement rares. Ceux qui partent ne le font pas pour des grands trajets. Nous ne pouvons qu’au mieux aller d’ile en ile vers le Venezuela, en espérant ne pas nous retrouver coincés avant d’atteindre le continent.  Les conditions de voyage ne sont pas les plus reposantes, mais ça me convient, et puis Sarah est le seul repère dont je dispose désormais. J’ai l’impression de la connaitre depuis toujours, et je ne sais pas comment je vais réagir lorsque je devrai partir seul pour rejoindre les États unis.

J’ai prévu de commencer la troisième et dernière étape fin septembre, ou début octobre dernier délai, enfin ça dépend de l’ouragan Irma aussi. L’étape a pour but de relier Miami à New York. En attendant, j’essaie de retrouver un sommeil normal. J’arrive à dormir de plus en plus la nuit, mais ne trouve pas forcément le temps de faire une sieste la journée étant donné notre mode de voyage actuel.

 

J’essaie surtout de retrouver mon état d’esprit avant la traversée, ou de m’adapter un peu plus au monde qui m’entoure. Je ne ressens plus les choses comme avant. J’ai bien gardé toutes les informations, la mémoire est là, mais mes émotions et mon comportement me semblent bien différents. C’est comme si j’avais renfermé certaines choses dans un recoin de ma tête pendant la traversée, et qu’elles y étaient encore. Parfois je me surprends même à me questionner sur l’utilité du projet. Je n’ai plus la même empathie à l’égard des personnes qui meurent de faim. Me sentant sur une autre planète depuis mon retour, je ne me sens plus concerné par tout ça parfois. Je dois bien admettre qu’au début de la traversée, pour me consoler d’une situation critique, je pensais aux personnes qui n’ont pas de quoi manger, et celles qui meurent sous les bombes. Mais vers la fin, passé la moitié même, je ne pensais plus qu’à moi et à ma survie. Le sort des milliards de personnes qui souffrent ne me consolait plus, je voulais juste vivre, moi. Et aujourd’hui, n’étant plus moi-même, je ne me sens plus personne, j’ai l’impression d’avoir le choix de redevenir quelqu’un, mais pas forcément la même personne. Je me demande si ce ne serait pas plus simple d’oublier toutes ces choses affreuses, d’adopter le même fatalisme qui semble bercer les ¾ de l’humanité. Je pourrais me persuader que je ne suis pas responsable des atrocités commises sur Terre, que je n’en profite pas, et vivre simplement, juste pour moi. Et puis ma conscience doit prendre le dessus, parce que cette pensée est rejetée rapidement. Je continue de rêver qu’un jour les êtres humains seront libres, que les pays riches ne seront plus responsable de la famine, et n’encourageront plus les guerres. Qu’un hymne universel convaincra l’ensemble de l’humanité que nous ne sommes pas différents des autres en fonction de notre nationalité, de notre religion, ou, quelles que soient nos origines : nous sommes avant tout humain. Et qu’un jour nous raisonnerons comme tels, affrontant les problèmes présents et à venir avec une conscience universelle et non pas individuelle, nationale ou autre.

 

Merci énormément, une fois de plus, à tous les sponsors, IDEC, Carrefour, Mandar, MLA, Phenix, et Surberry, et merci à tous les partenaires.

Merci énormément à toutes les personnes qui m’ont aidé et dont je n’ai pas parlé dans l’article, je n’ai pas oublié que c’est grâce à vous, et encore merci à toutes celles et ceux qui ont contribué à financer le projet.

5 réponses

  1. Anonyme
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    Merci Baptiste pour ton témoignage des plus intéressants et encore bravo pour cet « épisode » de ton projet PARIS – NEW-YORK en pédalant. Bon courage pour ta dernière étape.
    Dominique

  2. Debron
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    Bonjour Baptiste,

    Merci ton témoignage très apprécié par sa valeur humaine et par ton vécu pimenté.

    Cordialement
    Bruno

  3. Audrey
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    Voilà ce qui se cachait derrière ce petit bateau orange qui avançait petit à petit , tellement lentement que parfois je remettais en « lecture » depuis le début pour le voir avancer.
    http://dubanchet.geovoile.com/lafaimdumonde/2017/tracker/
    Tu as du encore vivre des aventures éprouvantes avec tous ces ouragans, attends bien que la saison soit passé avant de repartir!

  4. Anne
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    Bonjour baptiste,

    Je suis contente d’avoir pu lire la fin de votre périple en Pédalo !
    Vous pouvez être fier de vous et de ce que vous faites pour essayer de changer notre monde !
    Je vous souhaite beaucoup de courage pour ce retour sur la terre ferme ! J’espère que vous arriverez sans trop de difficultés à miami puis New York
    Au plaisir de vous lire et de vous suivre dans vos projets,
    Anne

  5. Daniel JEANNEAU
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    Bravo c est fantastique. Merci de nous faire partager ton aventure et surtout t’es sentiments.
    Bon courage pour la suite que j attends avec impatience.
    Amitiés
    Daniel jeaneau

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